Un para dans le bateau

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Un para dans le bateau

Message par Claude Vagnetti le Dim 14 Avr 2013, 11:23

Claude Vagnetti a écrit:Début des années 80.

C’était un beau jour d’été lumineux durant les fêtes de Genève. Le lac, la rade, les immeubles qui la borde, les montagnes bleus, mur naturel et protecteur de la Cité légendaire, n’ont plus de profondeur. La perspective est retirée par le flash solaire. Camus en aurait dit, que la Rade est noir de soleil…

Quelques jours auparavant, le Comité du sauvetage avait reçu un courrier de mission de la part de la police de la navigation. Celle-ci nous demandant de bien vouloir mettre à disposition deux unités d’interventions aux fins d’apporter un soutient de sécurité à l’exhibition prévue du jour : des parachutistes sautant sur la rade de Genève.

Sur la liste des participants, placardée sur une des portes de l’armoire du sauvetage, mon frère et moi étions les derniers inscrits. Nous n’avions donc plus la possibilité de prendre place comme pilote sur le bateau d’intervention rapide.

Dès lors, nous nous sommes rabattus sur « La Romande » , notre valeureux canot à rame en bois, qui allait très bien faire l’affaire pour cette mission assez spéciale. C’était Thierry V. le pilote de « La Romande ».

Pendant que les équipiers de la « Désirée » (nom de notre unité d’intervention rapide), préparaient et chargeaient le matériel adéquat pour ce genre de mission, nous faisions de même avec « La Romande ».

Mais alors que sur « La Désirée » tout est étudié pour transporter et armer rapidement la vedette de sauvetage de matériels d’urgences pour filer au plus vite sur le lieu de la catastrophe, sur « la Romande », il en va tout autrement. C’est un peu à l’ancienne…

Il faut plus de temps. Plus de manœuvres. Entre les lourds cordages à charger, encore à cette époque en chanvre tressés pour certains, le dispositif du feu bleu rotatif en acier, lourd et encombrant, les batteries électronvolts, les jerrycans d’essence, les massifs gilets de sauvetage orange, la caisse à outils, les gros extincteurs, les rames, les pare battages, le matériel du canot et celui de corps, nous n'étions pas encore à la moitié du chargement que la « Désirée » filait déjà pour prendre ses ordres de mission à la police de la navigation

L’équipage du 247 nous faisait des petits signes de la mains qui voulaient dire » à bientôt si vous arrivez à l’heure » nous « brassant » encore par quelques petites phrases bien senties au passage.

« T’in les ratons ! » On pardonne mais on oubliera pas hein frangin !

A l’époque, il y a une petite mais saine rivalité et le fait de n’être pas dans l’équipage de la « Désirée » lors d’une telle manifestation alors le « fleuron » de notre flotte de sauvetage, était assez frustrant pour mon frangin et moi.

Légèrement agacés et surtout mauvaises langues, nous étions sûr qu’avec l’équipe « bout de bois » qui y avait à bord, nous n'étions pas vraiment sur que tout allait bien se passer. En ronchonnant, les yeux légèrement plissés, nous voyons le « 247 » filer en direction de Genève à toute allure.

Une bonne demi-heure après, nous partions à notre tour. Le lac était d’huile et la météo favorable.

Pendant que Thierry conduisait le canot, Michel rangeait les cordages et moi, je me mettais en long sur le travers du banc central, les jambes légèrement fléchies, la tête sur un gilet de sauvetage, pour piquer un petit roupillons au soleil.

C’était agréable de sentir un mince filet de vent tiède venir me rafraîchir le corps qui rougissait et s’échauffait lentement au soleil.

Mais forcément, s’était sans compter Thierry et Michel, ces flibustier du Léman, qui prenaient un malin plaisir à prendre toutes les vagues mortes de travers. Ces vagues mortes, issues des sillons d’autres vagues laissés par d'autres embarcations à moteur.

Les embruns formés par l’écrasement de la vague sur les flancs du canot, formaient des douches glacées et, je vous le dis en confidence, rien de tel pour bondir du banc comme un chat effrayé, qu’une bonne douche bien fraîche, sur un corps bien chaud.

Évidement impossible de fermer l’œil et à chaque vagues, à chaque sensations que bateau vire, même légèrement, je savais qu’ils en choisissaient encore une plus grosse et j’entendais Michel et Thierry se marrer d’avance.

De guerre lasse, je renonce à dormir avec ces deux zouaves dans le même bateau et, assis la tête au vent, je profite du paysage jusqu’à l’arrivée dans la rade de Genève.

Nous arrivons à temps pour le briefing de la police et retrouvons nos camarades de la « Désirée » qui nous saluèrent avec un : "Déjà là ?" Tonitruant.

Nous sommes bien obligé de sourire sous la formule !

Toutes les sections de sauvetage du Petit-Lac, avaient détaché des représentants en vue du Briefing. La séance qui avait lieu dans les locaux de la police du lac, face au quai Gustave–Ador. Placés en demi-cercle autour de l’officier, nous écoutions en silence le rapport, lisions les cartes, mémorisions les emplacements de chacun.

Ensuite, nous visualisions les spots des organisateurs du spectacle. Enfin, nous prêtions attention sur les mesures draconiennes concernant la sécurité des usagers du plan d'eau. Objectif zéro perte ! Nous sommes formés pour cela, c’est notre job ! Mais là, force est de reconnaître que cette fois le spectacle n’avait rien d’habituel.

En effet, il s’agissait d’être particulièrement attentif car les organisateurs avaient prévu de lâcher un groupe de parachutistes directement dans la rade.

Avec raison, les officiers insistaient sur le fait que nous ne devions absolument pas laisser le moindre laps de temps entre les loupés des « cible-pontons » donc par conséquent, l’entrée forcée des parachutistes dans l’eau et le repêchage des paras.

Les responsabilités étaient grandes, le parachutisme et l’eau n’ont jamais fait bon ménage. Et vraiment personnes n’avaient pas la moindre idée de ce que nous avions à faire dans l’absolu et nous n’avions pas l’habitude de telles opérations de repêchage. Il faut dire qu’il ne pleut pas souvent des paras sur l’arc Lémanique !

Ce qui nous inquiétait le plus, c’était qu’un para dans l’eau, empêtré dans sa toile et les élingues de suspentes, pouvait facilement se noyer. Sans parler du courant qui est très important dans ce secteur. En prévoyance, les vannes du Pont de la Machine avaient étés fermées, réduisant ainsi de manière significative le flux rapide du courant du Rhône, mais il reste encore ici très fort.

Et puis… nous n’avions pas vraiment envie de prendre des suspentes ou autres tissus de parachute en nœuds Gordiens gigantesques plantés dans nos hélices, voir de paras aussi évidemment ! Et se trouver sans propulsions dans les courants de la petite rade de Genève, c’est quand même un peu la merde. Nous le savons tous !

En dehors de savoir précisément comment sortir sans dommage un para transformé en jambon de Bayonne dans ces suspentes, ou autrement dit, comment sortir une chrysalides de quatre-vingt kilos baignant dans l’eau, le Briefing était particulièrement bien fait. La police avait répondu à toutes nos interrogations de manière suffisament claire et précise. Le tout sur des cartes mentionnant à chacun sa place, son indicatifs radio et ceux des autres acteurs de la sécurité et, bien sûr, de son objectif.

Puis, l'ordre de nos questions épuisés ainsi que l’ordre du jour , nous avons procédé aux pleins d’essence sur tous les bateaux engagés, ceci directement à la pompe de la police. Car, il faut savoir que dans toutes les manifestations officielles ou nous sommes convoqués pour de l’assistance, la police nous fournit le carburant pour les bateaux et des plateaux repas pour tout l’équipage.

Nous devions être par avance sur le plan d’eau et surtout êtres prêts à intervenir rapidement dès le largage des paras. Ce qui nous a bien laissé deux bonnes heures à patienter dans la rade, la Romande maintenue par l’ancre.

Nous passâmes tous les trois un bon moment à nous raconter des histoires en attendant le « lâché ». Quelques fois un des bateaux de surveillance croisait près de nous et nous échangions alors quelques phrases. Le 247 vint pompeusement vers nous, l’air de rien, en vue de s’amarrer à couple, tout contre « La Romande ».

Les blaireaux avaient oublié l’ancre ! J’en était sûr qu’ils auraient foiré un truc ! La mouche change de coche ! On rigole bien, c’est nous maintenant qui nous foutons de leur bobines confites ! L’instant est savouré à sa juste mesure.

Lentement, autours de nous, nous pouvions voir approcher la foule des curieux très nombreuse. Elle attendait patiemment sur les quais l’arrivée des paras.
Entre temps, le « Rude Vent » le plus gros bâtiment de la Polnav patrouillait entre les deux grandes pinces de la rade pour interdire l’accès de la zone de drop, aux navigateurs imprudents et trop voyeurs.

Vers le milieu de l’après-midi, un message radio de la police nous avertissait du début des festivités. Nous devons retrouver notre mobilité. Rapidement je tirais le cordage de proue pour faire remonter l’ancre pendant que Thierry s’échinait à faire repartir le moteur. Partout autour de nous, les autres canots et bateaux d’interventions commençaient à bouger, les feux bleus scintillaient dans tous les sens, les pilotes manœuvraient rapidement pendant que leurs équipages, s’affairaient à ranger cordages et matériels. Tout doit être clair à bord !

Le 247 se détacha de nous pour reprendre la place qui lui était assignée.

Après quelques minutes, l’essaim des bateaux de sauvetage se stabilisa enfin et tous les sauveteurs attendaient prêts à intervenir, tous scrutant le ciel.

Il n’y eu pas à attendre longtemps pour appercevoir trois avions se détacher lentement du ciel azur, des milliers de paires d’yeux braqués sur eux. Avec la Romande, nous étions placés pratiquement au centre de la rade et du dispositif et cette position était idéale car nous pouvions bien voir tout autour de nous.

Lentement, les trois avions commencèrent à tourner autour de la rade comme des vautours sur quelques restes. Puis ils disparurent un court moment, pour réapparaître quelques instants plus tard venant cette fois de la rive droite.

Le bourdonnement des moteurs, bien que haut dans le ciel était bien audible. Enfin, subitement, une baisse de régime des moteur se fit entendre, cela nous indiquait que les avions ralentissaient, le temps du largage était venu.

Plus qu’une poignée de secondes pour voir une quinzaine de petits points noirs qui ensemençaient le ciel dans de belles arabesques et figures de style. Les gars étaient de vrais champions. Il fallait les voir tournoyer à toute vitesse dans le ciel comme des oiseaux de proies, tantôt groupés, tantôt éclatés, pour se confondre a nouveau dans une figure de style encore plus impressionnante. La foule vibrait. Nous pouvions entendre l’écho qu’elle faisait car le son émis, nous parvenait en réflexion par les façades des immeubles des deux rives.

Enfin, le temps était venu pour les parachutistes de tirer sur les boucles afin de sortir leurs corolles des sacs. Quelques fumigènes liés aux jambes des paras firent grands impressions sur la foule. Enfin, les corolles multicolores s’épanouissent dans le ciel, ainsi la chute se ralenti fortement et nous pouvons voir les paras entamer de larges cercles autour d’un point fictif quelque part dans la rade.

Déjà, comme un Grèbe Hupé en pêche, un premier para plonge dans le lac à quelques encablures d’un bateau de sauvetage qui amorce un demi-tour rapide afin de lui porter assistance. D’autres arrivent rapidement et s’enfoncent dans l’eau avec de grands «ploufs» à gerbes d’eau impressionnantes. Le parachute descendant plus lentement, il couvre, comme une feuille de nénuphar le lieu de l’impact.

Nous sommes content de voir que l’assistance qu’apporte les sauveteurs est excellente. Il y a moins de 10 secondes entre l’amerrissage et la prise en charge à bord des bateaux ceci pour chaque para. C’est remarquable !

Pour notre part, nous n’avons toujours rien prit ! C’est désolant pour nous. On veut « notre » para.
Surtout que tous les autres bateaux engagés ont « leur » para à bord, voir plusieurs et il en reste plus que trois en l’air et visiblement bien trop éloignés, donc pas pour nous.

Mais la chance est finalement de notre côté. Nous sommes ravis, un léger vent nous rabat un para tout neuf dans notre direction et il lui reste encore bien plus de cent-cinquante mètres à descendre.

Pendant ce temps les deux autres se posent directement dans l’eau, enfin se pose, façon de parler évidemment.

Il reste le dernier, il tombe encore et il est pour nous ! Nous sommes tous conscients à bord qu’il faut ne faut pas « pourrir » le coup, car dès maintenant, à cet instant précis, tous les yeux du publique et de nos camarades sauveteurs se posent sur nous et sur le fameux dernier parachutiste fumant et flamboyant.

100 mètres, nous voyons bien le para en combinaison bleu clair et jaune nous arriver droit dessus. C’est joli toute cette fumée et Michel dit que ce gars ressemble à un genre de Batman gay avec sa combinaison moulante et colorée année 80.

90 mètres, Thierry par contre, regarde le ciel avec circonspection.

80 mètres, le para nous vise carrément, enfin il me semble qu’il nous vise et il descend trop vite pour mon goût, mais nous ne bougeons pas de notre position. Malgré le fort courant, la dérive de notre canot est contrôlée.

60 mètres, mon frère et moi avons une pensée qui nous traverse l’esprit en même temps : Et… et, s’il voulait atterrir directement sur le bateau ? « Ho ! ! ! Tu crois toi ? ! ? »

On se regarde tous à bord, les yeux écarquillés, ce n’est vraiment pas un bon plan là !

45 mètres, « Ce con veut atterrir sur « La Romande !» lâche calmement mon frère le regard en l’air.

43,50 mètres, « T’in !!! Il ne faut pas qu’il fasse cela, il va passer au travers du bateau » répondis-je. Là on se regarde encore une fois mais on ne rigole plus…

40 mètres, Thierry V. prends la manette des gaz, bascule le levier de vitesse et recule raidement d'un « chouïa ».

35 mètres, le parachutiste manœuvre en conséquence et se repositionne sur notre centre. A cet instant, je commence plus finement à saisir l’état d’esprit d’un mulot avec un gros Milan au dessus de sa tête !

30 mètres, Thierry fait avancer la Romande de dix mètres.

25 mètres, le para a vu le déplacement du canot et tire sur ses filins comme un arachnide pour nous arriver dessus, il tournoie pour se replacer. Le con !

20 mètres, je fais des gestes un peu désordonnés et intempestifs et chacun crie nooooooooon pour essayer de faire comprendre au para de ne pas faire ce qu’il avait prévu de faire. C’est une mauvaise idée, c’est même une très mauvaise idée pour lui, (le choc), pour nous, (prendre le para sur la tête) et pour le canot, (un gros trou dans la coque).

Cette tête de mule ne veux rien savoir et nous fait signe de nous pousser.

15 mètres, Thierry recule, le para aussi.

12 mètres, Thierry avance, le para aussi.

10 mètres, Thierry recule plus rapidement et le para… aussi. Tout comme Félicie somme toute !

5 mètres, je glisse ma tête machinalement entre mes épaules tout en regardant le para dans le blanc des yeux entre ses semelles de chaussure de saut, pendant que mon frère, hypnotisé recule précipitamment dans le bateau avec une moue interrogative très légèrement tintée de fatalisme.

3 mètres, nous sommes cuits, il va perforer la coque !

2 mètres, aïe ! aïe ! aïe !

1 mètre, le para pousse un petit cri.

0 mètres, Impact ! Plouf ! Il a raté d’un petit mètre son atterrissage sur La Romande et son parachute nous recouvre presque entièrement comme une grande Yourte mongol venue directement du ciel.

Ouf sauvé ! Nous sommes sauvés, empêtré par le parachute et rassurés ! Michel et moi nous précipitons sur l’homme volant devenu pour l’heure un homme grenouille qui a assez de peine à se défaire de son barda. Les ventres sur le plat bord, bras tendus nous le récupérons rapidement et le hissons à bord. Il râle parce qu’il n’a pas pu atterrir sur « la Romande » et dans la foulée nous remercie d’avoir agit rapidement.

Pendant que mon frère donne une serviette sèche (nous ont dit : un linge) au para, je me retourne pour récupérer la toile qui gît encore en partie dans l’eau.

Seulement nous n’avions pas prévus qu’avec le courant de la rade, l’hélice même au point mort, tourne toujours faiblement. C’est toutefois suffisant pour nous prendre dans l’hélice le câble de son petit parachute de dérive (qui sert à l’ouverture de l’autre). Thierry n’arrive pas à démêler le câble.

Assit sur un des bancs au centre du canot, le para ne comprend toujours pas comment il a pu louper ainsi le bateau.

Nous, nous gardons bien de lui dire que cela nous arrangeais plutôt que se soit passé ainsi. Pour ma part, je tire; je déplie et j’essaye d’aider Thierry à défaire les nœuds des câbles qui ont entouré l’hélice, mais malheureusement sans y parvenir. Privé de propulsion nous dérivons rapidement.
Comme nous avons encore un « puits moteur » situé sur le plateau arrière de « La Romande » ce n’est pas facile d’accéder aux câbles sans enlever le moteur. Cela dit, vu comment le fil est emberlificoté, sortir le moteur de son emplacement ne sert à rien.

Michel se tourne vers le para et lui dit que vu les circonstances, la bonne nouvelle est que l’on a pu le repêcher ainsi que son parachute et la mauvaise est que le câble est pris dans l’hélice. Le para hausse les épaules et secoue la tête de dépit lorsque Michel sort un couteau pour trancher le fil. « C’est pas mon jour » finit par dire le para. Et c’est rien de le dire.

Le câble coupé, nous pouvons enfin repartir pour débarquer notre para au local de la police avec tout son barda. Pas rancunier, le para offre ses lunettes de saut à mon frère, c’est sympa.

Puis, mission accomplie, nous retournâmes tous à Hermance.
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Claude Vagnetti
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Re: Un para dans le bateau

Message par Michel Vagnetti le Dim 14 Avr 2013, 21:57

Excellent souvenir frangin et tu remercieras ta mémoire

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