Un Dimanche de merde !

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Un Dimanche de merde !

Message par Claude Vagnetti le Dim 10 Mar 2013, 14:39

Claude Vagnetti a écrit:25 avril 2004 Un dimanche de merde !

C’est une belle journée de printemps malheureusement secouée par une Bise violente et soutenue. C’est décidé, je vais au sauvetage. Entre temps, un collège de travail Philippe A. m’appelle. Il n’a pas le moral et tourne en rond dans son appartement comme un Ragondin en cage. Je lui propose donc de venir « voir » le sauvetage et nous convenons donc d’un impromptu rendez-vous au local pour le début de l’après-midi.

J’arrive le premier au sauvetage et hisse le drapeau blanc à croix bleue en guise de présence au local. La Bise se déchaîne par accoues secs et le lac revêt sa tenue militaire bariolée et surplombée par de gros moutons blancs d’écumes sonores et bruyantes. Les vagues sont grosses et arrivent bien à dépasser le mètre cinquante de hauteur. Je rappelle ici aux lecteurs et aux navigateurs en mer que cela peut paraître bien peu au regard des coups de vent sur les mers et la hauteur des vagues y relatives. Mais nos embarcations ne sont pas les mêmes non plus. Pour notre bateau d’intervention de 6,15 mètres une vague de 2 mètres appuyée par un vent violent n’est pas à prendre à la légère.

Cela dit, je prends les jumelles pour faire un tour d’horizon car quelques véliplanchistes et autres Ski-Surfeur prennent un « pied géant » en affrontant les vagues. D’ailleurs nous en avons repêché trois hier. Quelques voiliers bravent aussi les flots déchaînés en jouant aux «montagnes russes». Je dois être attentif car l’eau du lac est froide (7°C) et un court séjour dans l’eau même avec une combinaison est risqué.

La chaleur du soleil contraste avec le vent froid de la Bise et, protégé du vent, il fait assez bon. Le bruit du ressac des vagues me fait penser à la mer et il ne manque plus que le cri des Fous de Bassens pour me croire en plein océan.

En attendant Philippe, je passe le balais dans le local et j’en profite pour ranger du petit matériel. J’enrage, le distributeur automatique de boissons est en panne et me mange cinq francs, (cette dernière phrase a peu d’importance mais je la marque quand même, on ne sait jamais, Nicolas C. le chef du distributeur pourra peut-être me rembourser un jour.)

Entre-temps, arrive Philippe. Il n'est toujours pas en forme. Alors, pour lui changer les idées, je lui propose d’armer la Romande pour profiter un peu du lac. Il est exclu de prendre le bateau d’intervention ceci pour trois raisons : la première s’est que Sébastien C., le responsable des bateaux, a mis « l’Hermangarde » provisoirement hors service.
En effet, celui-ci doit passer prochainement en réparation car quelques micro fissures et fatigues des soudures sont apparues sous la coque, laissant l’eau s’infiltrer dans l’espace entre la coque et le pont, de plus le plancher n’est pas tenu et seuls quelques rivets maintiennent la cabine de pilotage au pont du bateau.
La deuxième raison est la disponibilité d’un bateau d’intervention lors de forts coups de vent. En effet, il est inimaginable pour nous de ne pas avoir de bateau libre lors d’une alarme, enfin la troisième raison est une question d’assurance si d’aventure il y avait « un pépin » à bord avec une personne qui n’est pas du sauvetage.

Philippe est ravi, visiblement cette proposition lui convient et il accepte de bon cœur mon offre. Nous armons donc ensemble le canot à rames, enlevons toutes les rames à l’exception de deux, ce qui nous prend quand même une bonne vingtaine de minutes. Et comme les vagues sont importantes, je préfère assurer la chaise moteur à l’aide d’un boot conséquent.

Il y a un fort trafic radio car un sexagénaire est tombé dans l’eau du haut pont du bateau à aubes « La Suisse » dans le haut Lac... Trop loin pour nous. Le malheureux a coulé à pic. Ce n’est pas étonnant vu la température de l’eau. Nous entendons encore par la radio de l’hélico qui commence ses recherches et qui converse avec les sociétés de sauvetage engagées.

Équipés des pieds en cape grâce à nos nouvelles combinaisons Gortex que nous venons de toucher à la section, nous sautons sur le canot pour commencer la manœuvre de descente sur l’eau. Je dis encore à Philippe de bien faire attention à se qu’il fait car il n’est pas impossible, sauveteurs ou non, d’avoir un problème quelconque en navigant. Il acquiesce.

Nous sortons enfin du local extérieur sur «la Romande», il semble même que Philippe a oublié un moment ces problèmes, il sourit c’est bon signe. Aux abords du sauvetage, le lac est relativement calme, nous sommes protégés par la pointe de la plage d’Hermance. Mais le calme est trompeur, je sais pertinemment que les vagues les plus fortes nous attendent directement à la sortie de la pointe de la plage. D’un coup d’œil, j’évalue la situation et décide de ne pas prendre de cap directement sur la pointe.
Je dirige «La Romande» plus au large pour éviter cet écueil. De plus le lac est très bas. C’est la conséquence de l’ouverture des vannes sur Genève qui a lieu tous les quatre ans durant les années bissextiles pour permettre ainsi de faire quelques menus travaux le long des berges du lac.

Nous sentons tout de suite que nous venons de franchir la ligne théorique de la pointe de la plage d’Hermance car nous sommes ballottés comme des « fétus de paille » de gauche à droite et d’avant en arrière, ça secoue fort. Je ne veux pas faire un exploit, alors je commence un large demi-tour pour naviguer tranquillement, nous serons ainsi protégés du vent dans la semi-baie qu’offre la protection de la plage.

Tout à coup, j’entends un grand bruit derrière moi, je me retourne rapidement juste pour voir les câbles de la manette des gaz glisser dans l’eau en cassant au passage un feu de position. Je n'en crois pas mes yeux, le moteur est entre deux eaux, suspendu simplement par le tuyau de l’arrivée d’essence et les câbles des gaz. Je me retourne vers Philippe qui, assit sur un banc, d’un air détaché, lance un pathétique : « Tiens on a perdu le moteur ! ».

Effectivement, on a perdu le moteur. Instinctivement, j’essaie de tirer sur les câbles maintenus ensemble dans le but de le récupérer. Mais il est trop lourd pour moi, je demandais l’aide de Philippe pour qu’il vienne me prêter main-forte. Mais même à deux, nous n’arrivions pas à le remonter.

De plus, le lac est tellement froid que quelques minutes les mains dans l’eau, suffisent pour avoir les doigts bleus de froid. De la corde qui servait d’attache au moteur il ne reste plus rien. C’est une vague qui a poussé toute la chaise moteur hors de ses deux rails de fixation. J’en rage.

«C’est bien ma veine » pensais-je ! Il va falloir se sortir de là rapidement pour ne pas prendre les vagues de travers qui rempliraient irrémédiablement le canot et qui nous ferait couler. Heureusement, le moteur agit comme une ancre flottante et stabilise le canot en vague arrière et je connais notre vieille et belle Romande qui en a vu d’autres et pas des moindre, je suis tranquille pour se qui concerne notre sécurité. J’assure notre dérive en jetant l’ancre depuis la proue et avec un sacré paquet de cordage à sa suite. Là ou nous nous trouvons il y a beaucoup de fond.

Je « check » rapidement les possibilités qui nous sont offertes et il n'y en a pas 36'000. Soit on rentre à la rame, soit on appelle du secours par radio.

A la rame, je vois tout de suite que cela ne sera pas une partie de plaisir, les talus font maintenant près de deux mètres et sont assez dissuasifs, puis la force de la bise augmente.
J’ai surtout peur qu’avec cette manœuvre je perde le moteur en route. De plus Philippe ne connait rien à la rame et j’aurais dû vraisemblablement ramer avec une rame à chaque main, vraiment là, je la sentais pas.

Comme tout va de travers, je n’ai pas pris la barre. C’est le bouquet après plus de vingt ans passé au sauvetage, je me demande à quoi je peux penser. Mais de toute façon je n’aurais pas pu la fixer vu qu’elle prenait normalement la place du moteur, évidemment là sans le moteur, avoir le gouvernail à bord prenait tout son sens.

Il nous reste donc la dernière possibilité, appeler du secours par radio. Mais là, j’hésite, je m’expose à l’hilarité générale de mes camarades de section… Plutôt rentrer à la nage ! Mais il y a des situations qui donnent que peu d’alternatives et mettant mon orgueil de côté et parce que Philippe a maintenant un peu froid, j’appelle.

Évidement, personne est à notre local et c’est la police du lac, qui croisait vers Céligny, qui se déplace dans notre direction. Au bout d’une poignée de minutes nous voyons leur Boston arriver fortement chahuté par les vagues.

« Merci d’être venu les gars » leur lançais-je ! La situation est risible et je vois bien qu’ils sont diplomates, ils sourient un peu mais sans plus. Mais ils n’en pensent pas moins c’est sûr. Heureusement avec eux, nous allons pouvoir rentrer, ceci sans devoir appeler le reste de la section et être la risée du sauvetage.

Je préparais rapidement une lourde corde que je m’apprêtais à lancer, juste au moment ou un appel de détresse fuse sur les radios : un nageur et un véliplanchiste en difficulté au bord de la rive de Genthod.

G. un agent de la police de la navigation me regarde un peu gêné, mais il n’y a pas de quoi. L’urgence, nous le savons tous, c’est le nageur pas nous. « Allez-y » dis-je, « on alarmera la section, c’est ok pour nous, à plus les gars et merci d’êtres venus».
« Ok alors bonne chance » dit encore G. en détournant le Boston en direction de Genthod. Plein gaz nous voyons le Boston tracer un profond sillon dans les vagues folles en s'éloignant.

Un large demi tour dans la vague et nous les voyons s’éloigner de nous rapidement. Décidément le sort s’acharne, c’est vraiment un dimanche au creux de la vague.

Bon, pas le choix, je saisi mon téléphone portable et appel mon frangin qui coule un dimanche heureux dans les bois de Jussy avec Adrien, un de ses fils.

- « Salut Gros » lui dis-je, « tu peux venir nous chercher ? J’ai un ennuis avec le moteur de la Romande ».
- « Tu es où ? »
- « Au large d’Hermance !»
- « Bon j’arrive dans un quart d’heure !»
- « Ok A+ !» terminant un peu soulagé.

Il nous reste donc à attendre sur le sommet des vagues. Je suis énervé, déçu et un peu vexé de la situation. Le pire est d’avoir dû appeler mon frère. Je m’attends à des « vannes » à la tonne avec lui, mais cela ne sortira pas de la famille, c’est déjà ça de pris.

L’attente n’est pas trop désagréable sur le lac, engoncés dans nos chaudes combinaisons nous discutons du « bout de gras » pour passer le temps. Toutefois, comme nous ne sommes plus manœuvrant, les vagues nous ballottent comme si nous étions sur un bouchon de liège. Philippe tire un peu sur le vert au niveau du visage.
Au bout d’une vingtaine de minutes, je reçois enfin un appel radio du sauvetage.
«Tiens c’est Sébastien C. !» Pensais-je étonné. Peut-être est-il venu pour fixer le plancher du Magnum Buster, notre unité d'intervention rapide ?

- « 347 de 47 répondez ! » Lance-t-il depuis la radio fixe du local.
- « 347 j’écoute !» Lui répondis-je.
- « Ouais !, j’ai reçu une alarme générale par bip, qu’est-ce qui se passe ? » Me demande Sébastien.

« Petit Fumier de Lapin Jaune » pensais-je à l’intention de mon frangin. Il n’a pas pu résister à biper le reste de la section rien que pour que tout le monde profite de notre « malheur ». Mais c’est bien joué, je le reconnais, mais cela se payera cher, très cher.

- « 347 de 47, j’ai un ennui moteur ! Mais attends mon frère pour intervenir.»
- « Ok, j’attends !»
- « Terminé »

Cette fois la coupe est pleine et je m’apprête à la boire le calice jusqu'à la lie. Je suis cuit ; cuit et recuit.

Quelques silhouettes courent sur le quai du port et nous les voyons entrer dans le local de sauvetage.

Encore dix minutes et toute la bande est sur l’eau pour venir nous chercher, le Magnum saute sur les vagues, le feu bleu à éclats brillant de mille feux, déjà je me consume de l’intérieur. Heureusement que la sirène ne marche plus, elle est en panne, car les connaissant, ils nous auraient pas loupé.

Nous voyons donc arriver Pecs notre Président, mon frangin et Seb. C., Fri-Fri (Daniel F.) lui, est resté au local.

En nous tournant autour ils remarquent vite le problème. Je regarde les visages pour déceler le moindre signe d'un sourire narquois mais, pour l'instant, rien ne transparaît. J'en suis le premier étonné d’ailleurs. Après une difficile approche à cause des vagues et du vent, mes camarades du Magnum s'approchent par la poupe et Seb bondi sur le plat-bords de « La Romande ». Comme cela, à trois, nous pourrons sortir le moteur de l'eau.

Comme prévu, nous arrivons péniblement à ressortir le moteur que j'assure à l'aide d'un cordage pour la seconde fois. Nous glissons le moteur dans « La Romande » et nous nous préparons pour nous faire remorquer pendant que Michel nous lance une corde de traction. À peine le nœud fait que Michel et Pecs partent ensemble d’un énorme éclat de rire, relayé par un petit instant par celui de Sébastien.

Je m’attendais à cela, je m’étonne presque que cela fut si long, ils baissent je trouve. Je leur laisse leur éphémère instant de gloire pour entendre mon frère dire dans l’hilarité générale qu’il va être très difficile de faire mieux cette année et Pecs de renchérir que j’ai mis la barre (de la connerie à ne pas faire) très haut. Il semble que je vais encore garder le Chalenge de l’Hélice d’Or pour la prochaine saison. Un aparté quand même pour le « Chalenge de l’Hélice d’Or ». En effet, lors d’un exercice de sauvetage il y a trois ans, Fri-Fri avait bousillé l’hélice contre le fond du lac et il ne restait de la pauvre hélice que quelques moignons de métal tordu. Il en a pas fallu plus à mon frère pour peindre le reste de l’hélice en couleur or qu’il a fixé sur un joli socle en bois sur lequel est collé le nom et prénom du lauréat ainsi que l’année.

C’est donc devenu un Challenge que l’on remet, lors de notre assemblée générale d’automne à celui ou celle qui a fait la plus grosse bourde de l’année. 2001 Fri-Fri, 2002 mon frère, 2003… moi ! Je vous assure que ce n’est pas un cadeau, l’hélice doit faire vingt centimètres de haut pour un poids de trois kilos, mais sur un meuble cela fait un effet du diable.

Ils en profitent et je laisse dire, forcé de rire de leur conneries qui s’enchaînent en rafale, je crois que là j’ai tout entendu. Même Philippe se marre. Laissant ma fierté au fond du lac, nous nous faisons remorquer; à petite vitesse pour mieux en profiter comme me le glisse Pecs en ricanant. Le feu bleu m’exaspère mais je me garde bien de leur dire quelques chose car il me rétorquerons que c’est la procédure. Je le sais bien, mais je sais aussi qu’ils le font exprès. Mon frère ne cesse de se retourner, plié en deux de rire. Là, il n’a plus mal au dos.

Au bout de quelques minutes que je trouve fort longues, nous arrivons en face du hangar, juste le temps pour voir Fri-Fri courir sur le ponton pour ne pas manquer cela sous aucun prétexte. Et re-belote, il s'esclaffe de rire le doigt pointé dans ma direction en se tenant les côtes. Subitement une envie de le noyer, avec tous les autres me prends.

Mais bref, la manœuvre d'accostage me fait penser à autre chose, nous ressortons tous le matériel ainsi que le moteur qui perd maintenant pas mal d’huile et je rabâche pour la dixième fois les faits qui se sont produits. J’en suis vraiment désolé et remercie ceux qui nous ont sorti de là.

Arrive Ricco tout essoufflé un sourire béat, il peste juste de ne pas avoir été là au bon moment et me lâche : « Tu sais que d’être sauveteur c’est un métier ? ». Éclats de rire général.

Tiens ! Subitement mon envie de le noyer aussi avec les autres me reprend.

Tout penaud, j’appelle sur mon portable Maria pour trouver un doux réconfort dans ce monde de brutes. Je lui explique avec force et détails se qui nous était arrivé. Mais la seule chose qu’elle arrive à me dire c’est qu’elle espère bien de ne pas avoir l’Hélice d’Or encore une année supplémentaire. Il y a des jours… je vous jure. Tiens, il faudra que je me rappel de la noyer aussi.

Il est passé 16h30, et j’aurai encore pu en subir encore bien d’autres si nous n'avions pas vu tout à coup, le nouveau bateau de sauvetage de Thonon, feu bleu en action croiser dans « nos » eaux. C’est assez étonnant de voir une section si loin de sa base en intervention.

Pecs prends la radio et demande s’ils ont besoin d’assistance. Le radio de la vedette nous réponds par la négative et reste assez évasif sur le but de leur présence. C’est bizarre quand même ! A peine cinq minutes plus tard, nous entendons Réga 15 l’hélico et Jorat fixe converser à la radio. Il s’agit d’une recherche de personnes qui sont partis de Rolle le matin même en dériveur et malgré les appels sur leurs téléphones portables respectifs, ils n’ont pas répondu.

Nous sommes interloqués, ce n'est pas normal qu’une alarme générale des sections de sauvetage n’a pas été lancée. Pecs téléphone au centre de police vaudois en lui demandant s’il faut lancer une alarme des sections genevoises. Pendant ce temps nous nous préparons à intervenir pendant que Seb rajoute en vitesse des vis au plancher.

Ils n’ont pas l’air de savoir ce qu’il faut faire pour alarmer tout ce monde. Le « Prez » demande encore d’alarmer « Renard fixe » la police du lac de Genève qui on la possibilité de déclencher l’alarme des sections genevoises du Petit-Lac. Mais il semble que son correspondant vaudois n’est pas bien au fait des procédures et, finalement, « ils » ne transmettrons jamais l’alarme.

Nous secouons la tête de dépit. C’est incroyable, malgré tous nos plans de procédures d’urgences que rien n’est fait correctement. Relativisons quand même, trois sections sont dehors et commencent les recherches. Les Français du CSP Thonon sont aussi de la partie et engagent deux bateaux. C’est d’ailleurs eux qui nous donnent le lieu approximatif du probable naufrage. Puis « Réga 15 » nous donne les coordonnée GPS, que nous avons du mal à retranscrire sur la carte «marine» du lac Léman (nous arrivons quand même) vu que l’on ne possède pas encore de GPS. Voilà une chose à acquérir d’urgence.

Puis Dominique appel Renard Fixe qui, semble-t-il, ont été abusé par les messages radio du sauvetage de Rolle, de Jorat Fixe et du CSP Thonon. Pour eux nous n’avons pas à intervenir car c’est trop loin. De mieux en mieux. Impossible de faire fléchir Grosjean qui campe sur ses positions.

C’est vraiment agaçant car il semble bien que Renard Fixe n’a pas tous les éléments pour bien évaluer la situation. Surtout si le poste de Jorat Fixe ne donne pas les bons éléments d’informations à leurs collègues de Genève. Par désespoir mon frère Michel appelle le poste permanent des pompiers du SIS, (il en fait partie), pour demander de déclencher l’alarme. Mais comme la procédure d’urgence veut que ce soit la Police du Lac qui est seule habilitée à alarmer les sections, ils refusent et rappelle notre local.

Grosjean est énervé et dit à mon frère qu’il ne sert absolument à rien d’appeler le SIS car dans ce cas, c’est la police qui est seule juge. En plus il demande à mon frère s’il connaît le lac, car cela se passe entre Thonon et Rolle. Il est bien mal renseigné le Grosjean. Le frangin n'apprécie guère la remarque car cela fait presque 20 ans qu’il navigue tant au sauvetage qu’en voilier et il connaît le lac comme sa poche. La remarque nous agaces tous, car nous la prenons pour nous tous et sur ce sujet, vraiment, les flics devrait mieux se la coincer.

Pour nous c’est vraiment un cafouillage de première et nous pestons contre les soi-disant «pro» qui se marchent sur la barbe. D’ailleurs Jorat semble ne plus savoir ou envoyer les bateaux, c’est le merdier général.

Entre temps nous partons juste pour voir Pecs qui essaye de rappeler Renard fixe et se voit proprement balader en entendant que nous commençons à faire chier. Puis, il se fait raccrocher le téléphone au nez. Pas content le Péccoud.

Notre équipage est formé de Fri-Fri et Seb comme équipiers, Ricco au poste de radio et moi pilote. Le bateau est complètement armé et Seb fixe les dernières vis en urgence. Puis nous filons dans l’eau presque calme protégée par la plage. Mais cette fois, je ne peux pas couper la pointe d’Hermance, je fonce droit dessus.

Le premier choc est rude. Nous commençons notre navigation par une grosse déferlante qui nous asperge d’embruns. Pas le temps de prendre du bon temps, une autre vague est déjà sur nous. Je mesure la vitesse car il ne s’agit pas d’enfourner trop d’eau avec notre plancher qui tient seulement avec quelques vis mises à la hâte.

La navigation est dure, le bateau tape sans cesse et pendant que mes camarades se tiennent fermement aux structures, je dois constamment manœuvrer pour éviter les « talus » immenses qui nous arrivent dessus. Comme nous prenons pas mal d’eau je m’inquiète de la bonne marche de la pompe automatique de cale car le voyant lumineux qui indique son fonctionnement est éteint ! Mais Seb me rassure, elle fonctionne correctement.

Alors qu’en temps normal il nous faut moins de trois minutes avec un lac calme pour nous porter à Tougues sur la rive française voisine, il nous faut maintenant au moins un quart d’heure pour nous y rendre. Comme la situation est difficile et pour gagner un peu de poids à l’avant, je demande à Fri-Fri et à Seb de se rendre à l’avant pour faire contre-poids. Par gros temps, être à l’avant c’est très inconfortable, mais ils y vont sans rechigner.

La radio crache ses phrases constamment et il est difficile d’entendre quelque chose de clair. Le bruit conjugué du vent, de l’eau, du moteur ne nous permets pas d’entendre tous les messages envoyés. Ricco est plié en deux, l’oreille collée au haut-parleur et essaye de comprendre ce qui se dit. Il faut le voir, l’immense Ricco, secoué par les vagues, penché en avant pour nous transmettre à haute voix les messages qui se succèdent, tout en levant des yeux inquiets sur l’avant du bateau afin d’anticiper la prochaine vague. La position est inconfortable pour tous, car nous n’avons plus de sièges pour nous caler car ils vont être remplacés par un support lombaire bien plus pratique, mais pour l’instant cela nous manque de ne pas avoir les sièges.

Des vagues s’écrasent fortement sur notre pare-brise. Quelques fois il y tellement d’eau qui nous arrive dessus que je ne vois plus Seb et Fri-Fri qui, de leur côté, eux aussi sont pliés en deux de part et d’autre du caisson matériel. Têtes en avant, ils se tiennent à la main-courante et essayent d’anticiper les vagues qui s’écrasent sur le pont et sur leurs têtes.

A nouveau, la radio crépite, c’est Réga 15 semble-t-il, qui a trouvé deux corps équipés de gilets de sauvetage flottants dans l’eau, à la hauteur (environ) de la ligne Messery – Céligny et un gilet de sauvetage flottant seul sur la vague. La nouvelle vedette de sauvetage de Nyon est pratiquement sur place et guidée par un des deux hélicoptères, elle se rend sur place pour recueillir les corps des deux malheureux. Reste à trouver la troisième personne qui semble avoir disparue. Mauvaise nouvelle vraiment. Nous sommes tristes pour eux et nous avons tous une pensée pour leurs familles.

Nous voyons un des hélicoptères tournoyer dans le ciel dans un secteur bien défini et nous allons dans sa direction pour prêter main-forte.

Nous n’avons toujours pas un lieu précis pour commencer nos recherches, à part une coordonnée GPS et l’hélico que nous voyons tourner au-dessus de nous. Ricco appel Jorat fixe qui nous demande de prendre contact avec CSP Thonon. C’est ce qu’il fait. Eux, nous envoie sur Nernier. Encore quelques km à faire dans cette eau déchaînée. Dès que l’on passe Messery le lac s’ouvre petit à petit et les vagues deviennent encore plus grosses, plus massives.

J’ai mal à la main à force de jouer avec la poignée des gaz pour négocier le mieux possible les murs qui se dirigent contre nous. Fri-Fri, jumelles aux yeux, me demande de m’arrêter un instant pour qu’il fasse le point, forcément les vagues n’aident pas pour regarder quelque chose avec des jumelles. Il voit tout à coup une forme posée sur la grève et me demande de me diriger sur ce qu’il a vu.

Tout à coup une énorme vague nous arrive dessus et projette Daniel Frieden jusqu’au fond du bateau. Il glisse sans pouvoir s’arrêter pour venir stopper juste derrière Ricco, une jolie glissade de 3 mètres sur les fesses. Bravo Fri-Fri, belle performance. Il y plus de peur que de mal et il se relève en massant son postérieur qu’il doit avoir un peu râpé. Mais il en a vu d’autres.

Arrivé à une centaine de mètres de la rive après Nernier, je n’ose plus m’approcher de la rive à cause du niveau extrêmement bas du lac et de la mauvaise visibilité du fond de l’eau. En plus je connais le coin et plusieurs rochers non signalés effleurent la surface. Je lève le moteur pour ne pas toucher le fond. Mais mes camarades de devant lassés de prendre des douches glacées depuis une heure maintenant se glissent derrière la protection que nous formons Ricco et moi derrière le pare-brise. Mais il n’en faut pas plus pour toucher. D’un coup, nous entendons le bruit caractéristique d’une hélice qui touche le fond, je devrais dire laboure le fond, et nous sentons les sauts du moteur qui fait vibrer le pont du bateau.

En effet, le manque d’eau, le poids et les creux de 2 mètres ma fait toucher l’hélice. J’en ais marre, le sort s’acharne sur moi. Mais personne ne rigole, car nous savons tous bien que là je ne pouvais rien y faire. Je monte complètement le moteur pour faire un état des lieux, l’hélice à effectivement « morflé » mais rien de grave, nous reprenons nos recherches. Juste ce petit « rapporteur de Seb » qui téléphone au local pour informer que nous avons touché l’hélice, fayot va !!!

Nous apprenons par message que Jorat 700 a prit le relais et nous demande qui sont les bateaux en intervention. Chacune des sections engagées répondent. Jorat 700 veut maintenant que tout les bateaux d’intervention se rendent à Rolle. Donc changement de cap et de nouveau les vagues qui nous arrivent dessus avec la force d’une masse. Cette fois elles nous arrive de travers. Nous commençons à être un peu las après plus de deux heures trente de navigation dans les mauvaises conditions que nous connaissons.

Cela dit, nous ne comprenons pas vraiment la demande de Jorat 700 de nous rendre à Rolle d’autant plus que les sections de Coppet, Bellevue et Versoix se préparent à intervenir aussi sur le lieu directe ou ont été découvert les deux corps et proposent une ligne de recherche à la hauteur approximative de Crans en descendant sur Coppet en longeant la côte vaudoise.

De notre côté nous apercevons la vedette bateau-pompe de Thonon qui lutte aussi contre les vagues et nous l’escortons un moment. Le trafic radio est toujours aussi dense. Les trois sections du Petit-lac commencent entre elles à former une ligne avec les bateaux espacés d’environ cinquante mètres pour élargir la zone de recherche, le bateaux de Coppet se retrouvant PC-lac pour le secteur et coordonne les recherches et les bateaux. C’est une excellente initiative de travailler de cette manière et nous avons tous déjà expérimenté cette manœuvre plusieurs fois. Notamment lors d’exercices de sauvetage inter-sections. D’ailleurs nous ne comprenons toujours pas pourquoi Jorat Fixe ou un des bateaux vaudois engagés n’ont pas fait pareille, c’est incompréhensible.

Alors que nous remontons toujours en direction de Rolle des rafales de vent forcissent et les vagues continuent leurs lent travail de sape en martelant continuellement la coque du Magnum, nous prenons beaucoup d’eau, laissant Seb et Fri-Fri trempés et ils commencent à avoir froid malgré leurs combinaisons de Gore Tex. Ricco et moi qui sommes protégés par le pare-brise sentons moins le vent et les embruns nous arriver dessus.

Malgré tout, il nous arrive souvent de baisser rapidement la tête sous la protection de la verrière en plexi lorsqu’une vague particulièrement grosse nous enveloppe tout à coup.

A bord les conciliabules commence entre nous car il est évident que nous allons dans une mauvaise direction vu que les vagues et le vent s’opposent à notre direction. Nous devons chercher plus bas. Enfin, je propose de revenir porter assistance à la ligne de recherche récemment constituée par les sections précitées. Tous le monde est d’accord, alors j’amorce un rapide virage à 180° pour nous diriger vers nos camarades plus en aval.

Cette fois la navigation est bien meilleure en vague arrière et nous surfons sur les grosses vagues qui nous donnent une impression grisante de vitesse et de glisse. Des fois nous ne tenons pas la vague parce que nous allons trop vite. Alors nous nous approchons dangereusement de la vague de devant qui forme un gros mur mouvant sous les remarques craintives de Ricco qui ne cesse point de m’avertir que telle ou telle vague mérite mon attention. Il devrait se détendre l’ami Ricco surtout que le blanc pâle ne lui va pas bien au teint.

De temps en temps nous oublions ce pourquoi nous sommes là, portés par les vagues nous surfons en poussant des cris de victoire ou un rire de défiance sonore lorsque nous émergeons d’un « talus » particulièrement important en l’ayant bien négocié.

Mais cette impression est passagère car nous filons à pleine vitesse pour essayer de retrouver le dernier malheureux navigateur avant la nuit qui ne va pas tarder à tomber. Fri-Fri à des états d’âmes comme nous tous en repensant au drame qui s’est joué il y quelques heures et de nouveau nous pensons à leurs familles respectives.

C’est une évidence, le lac tue et beaucoup de gens n’en non pas même conscience. Il faut dire qu’en voyant les rives des deux côtés, on peut penser que de les rejoindre n’est pas une chose très compliquée à faire, elles sont proche. Mais c’est très trompeur. Il suffit d’essayer de nager habillé deux ou trois kilomètres à des températures excessivement basse avec des vagues de deux mètres de haut pour comprendre le calvaire qu’on dû endurer ces trois malheureux. Le lac est dangereux je ne saurai combien de fois le dire encore.

Nous arrivons enfin aux environs de Cran et nous nous mettons en ligne pour rejoindre les bateaux du Petit-Lac qui y étaient déjà et attendons les ordres de Coppet puis de Versoix qui devient par la suite le PC lac. Tous sont conscients que les recherches ne pourrons plus continuer bien longtemps à cause de l’arrivée de la nuit. Jorat 700 nous indique par radio de continuer la ligne jusqu'au port de Coppet puis d’interrompre les recherches.

Comme Renard Fixe n’a pas jugé bon d’alarmer les sections genevoises nous ne sommes que quatre bateaux à former une ligne que nous arrêtons, sans rien trouver, devant le port de Coppet. Le « j’arrive » de Versoix annonce alors que nous arrivons sur le port de Coppet sans rien avoir trouvé. C’est alors que Jorat 700 nous annonce la fin des recherches, de toute façon il fait maintenant nuit, il est 21 heures.

Nous saluons nos camarades sauveteurs par radio et déclinons l’aimable invitation de Coppet pour se rendre chez eux nous réchauffer et boire un verre de thé. Mais nous n’avons pas trop le cœur à y aller et nous commençons sérieusement à avoir froid après cinq heures de recherche sur l’eau. Nous aurions dû pourtant, cela aurait servi de débriefing pour voir ce qui n’a pas joué au niveau de l’alarme et de la coordination des secours, mais fatigués nous rentrons.

Je pointe sur le village d’Hermance et nous nous rendons enfin vers notre local, tristes de ne pas avoir pût retrouver des survivants.

Arrivé au local, nous sommes attendu par notre Président et mon frangin pour boire une tasse de thé brûlant. Nous refaisons « l’historique » de la journée en ne comprenant pas ce qui à bien pu arriver pour cette fameuse alarme. Pecs est furieux contre Renard Fixe, comme nous tous d’ailleurs.

Cela dit, peut-être qu’ils avaient des éléments d’informations que nous n’avions pas, mais j’en doute fortement et ils auraient pu les partager avec nous. En tout cas, avec la manière dont la police nous a répondu, cela ne va pas arranger nos rapports qui sont souvent en dents de scie. Tantôt ils sont charmants et sympas, tantôt ils sont exécrables, allez savoir pourquoi ? Des frictions de plus dans l’épopée lacustre que nous vivons ensemble.

Mais en tout cas, ce fut sans conteste « un dimanche de merde. »[b]
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Claude Vagnetti
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