LA FUSEE DE RICCO

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LA FUSEE DE RICCO

Message par Claude Vagnetti le Mar 05 Mar 2013, 17:15

LA FUSEE DE RICCO (ou la fusée Haricot en vieux Genevois...^^)

Cela faisait déjà quelques jours que mon frère Michel me «bassinait» pour venir voir tirer dans le ciel nocturne, une nouvelle fusée d'alarme qui devait probablement nous servir à illuminer le lac, lors de recherches nocturnes. Cet Exercice était approuvé par le Comité de la section qui en avait déjà débattu. Tout était sur les rails, même l’heure définie soit : 19h30.

La démonstration devait avoir lieu le dimanche soir lorsque la navigation lacustre est quasi nulle, ceci dans le souci évident de pas gêner les navigateurs et ne pas alarmer stupidement tout le voisinage.

C'est Ricco qui avait cette fameuse fusée et qui était prêt à nous démontrer son efficacité purement hallucinante.

« D'accord, nous venons voir ! » Dis-je à mon frère. Mais il fallait encore convaincre Maria (mon ex-femme). Car comme nous sommes à la fin mars, qu’il ne fait pas encore très chaud le soir et qu’elle n'avait pas vraiment envie de se geler sur le bateau, la partie était loin d’être gagnée. Mais, c’est une femme et la curiosité aidant, elle fini de guerre lasse par accepter.

Vers 19 heures, ce fameux dimanche, nous sommes rendus, en direction du local de sauvetage, armé de mon traditionnel appareil photo.

J'avais bien la ferme intention de fixer sur la pellicule ce fabuleux tir de « missile intercontinental » et, c'était en plus le bon jour pour étrenner nos nouvelles combinaisons de navigation en Gore-Tex s'il vous plaît, que nous avions commandées et reçues de notre ami Ricco.

Arrivés au début du quai, nous rencontrons le regretté membre du sauvetage d’Hermance Gilbert Massoco et Wilhlem Pförtner, la fine équipe, qui déambulaient sur le quai en promenant un chien (celui à Gilbert).

À la vue de nos combinaisons, ils affichaient un petit sourire en se demandant que nous allions faire.

Nous allons tester une fusée d'alarme répondis-je, en dessin d'en acquérir quelques-unes de celles-ci. Ce qui nous aidera bien pour nos futures recherches nocturnes.

Tout fier, je leur décrivais ce que m'avait dit mon frère sur la fusée, qui lui les tenaient de Stephan : 30'000 candélas (cd) pour 40 secondes de feu sur une hauteur de 240 m.
Mieux qu’un Scud éclairant pendant la guerre du Golfe et que l’US Navy elle-même nous enviait pareil fusée. Ils inclinèrent la tête de «respect» devant la puissance du missile et nous souhaitèrent un bon exercice et surtout bonne chance.

Chemin allant, je fis encore quelques photos pour profiter d’immortaliser le magnifique couché de soleil qui laissait sur l'horizon un éclat rose pastel du plus bel effet sur l'ensemble du massif du Jura. Vraiment cette région est magnifique !

Arrivés au sauvetage, on pouvait apercevoir Michel et Ricco s'affairant sur un bottin de téléphone et quelques classeurs.

« Salut les gars !» Dis-je.
« Salut Gros ! » Fis mon frère.
« Belles vestes ! » Raillait Stéphane Ricco en nous voyant émerger de la lumière de l’entrée.
« Effectivement, nous les avons eus pour une bouchée de pain en arnaquant le vendeur ! » Lui répondis-je rapidement.
« Tu parles !» Dit Ricco en souriant. (C’est lui qui nous les avaient vendues).

« Ainsi… c’est ça ta fusée et c’est prévu pour quelle heure vu que l’on a passé à l’heure d’été ?» lui demandais-je, en regardant l’objet plutôt phallique posé sur la table en bois.

« 21h00 ! » Informa Michel qui cachait assez mal le fait qu’il n’avait pas prévu le passage à l’heure d’été, nous étions donc bon pour attendre la nuit. Lui, il s’échinait à trouver dans le gros bottin téléphonique, celui-là même qui peut vous briser les orteils si vous le laisser tomber sur vos pieds, les numéros des autorités lacustre dans le but de les aviser par avance de notre essai stratosphérique. Ainsi, sont avisées les centrales de la police de la navigation, des pompiers du SIS et de l'aéroport de Cointrin (Genève).

En tout cas, je vis assez vite que je ne devais par l’amorcer sur l’heure d’été !

Ricco quand à lui, il cherchait aussi désespérément des informations dans des classeurs multicolores qui se trouvaient sous le bureau et, courbé comme le bossu de Notre-Dame, il pestait de ne rien trouver.

« Appel le 111 » me moquais-je ce sera plus rapide.

Exaspéré, Michel finit par appeler le 111 qui lui fournit tous les numéros utiles.

Pendant ce temps, Maria regardait la fusée qu'elle avait maintenant dans les mains, allez savoir pourquoi ? C'était un long tube orange d'une vingtaine de centimètres avec un bouchon à dévisser qui cachait la goupille, le tout était fermé hermétiquement par un sac plastique. C'est vrai que cette fusée avait l'air impressionnante et compacte. Mais les 30'000 candélabres prévus paraissaient étonnants pour la grandeur du tube.

Nous attendions encore la venue de Pecs, notre Président, qui était aussi intéressé que nous, de tester la fusée d'alarme. En l’attendant, nous passions le temps à nous raconter quelques histoires « croquinolesques » de quoi nous faire patienter quelque peu.

Michel avait fini ses appels téléphoniques et nous avions prévu pour finir de faire partir cette fusée pour 20 h 45. Vers 20 h 30 Dominique Peccoud arriva enfin. Si nous voulions maintenir l'horaire il agissait maintenant de préparer l’ «Hermangarde».

Impatients, chacun d'entre nous enfilait sa combinaison, sauf mon frère qu’il ne désirait pas venir avec nous sur le bateau a cause de son mal de dos.

Ricco s'était habillé pour-ainsi-dire comme un « pompier du pétrole » avec sa combinaison, ses lunettes de ski pour se protéger les yeux des flammes de départ et des gants épais pour éviter de se brûler les mains, non… mieux… un démineur.
Toutefois, je remarquai en silence qu'il n'avait pas l'air d'avoir pour l'heure, une entière confiance en son matériel. D'ailleurs, il le dit lui-même, que c'était bien là, la première fois qu'il allait faire partir une fusée d'alarme.

Nous montâmes ensuite dans le bateau qui était encore suspendu à ses Span-Set pendant que Ricco essayait désespérément d'arracher le plastique protecteur de la fusée avec ses gants. Il avait l'air aussi « emmerdé qu'une poule ayant trouvé un couteau » selon l’expression favorite de mon frangin. Mais dans cette situation, à regarder Stephane, force était d’admettre que cette signification prenait ici tout son sens.

En deux minutes, il nous demanda plusieurs fois si personnes n’avait un couteau de poche.
Je le sentais fébrile notre artificier, c’est peut-être d’ailleurs pour cela que mon frangin à mal au dos et qu’il ne monte pas à bord avec nous et qui…

Quelqu'un lui tendit enfin un couteau pour qu'il puisse rageusement, mais avec respect pour la bête métallique, déchirer en lamelle l'emballage plastique.

Ce n’était pas le bon moment non plus, pensais-je, pour sortir une morale à deux balles comme quoi les sauveteurs ne doivent jamais oublier son couteau de poche ! Qu’est-ce que vous voulez on devient diplomate avec l’âge… Mais cela frustre un peu... je ronge mon frein et réprime mon hilarité.

Bref, ce coquin de sort s’acharne sur Stephan, vu que nous sommes dans une année bissextile. Quel rapport me direz-vous entre le coquin de sort et l’année bissextile ?

Et bien en dehors du fait qu’une année bissextile est une année comptant 366 jours au lieu de 365, c'est-à-dire une année comprenant un 29 février, ou bien encore une année qui a deux sexes, selon Thierry, une année bissextile c’est aussi pour nous la période où les eaux du Léman sont très basses. (C’est une baisse programmée des eaux du Lac afin de permettre d’entretenir les ouvrages petits ou grands, les berges, les pontons, les plages, etc.)

Dès lors il faut encore être très prudent pour sortir le bateau du local car il y a tellement peu de fond, que même avec le moteur relevé à moitié, il était très difficile de ne pas toucher le fond du lac avec le pied du moteur. Puis ce n’est jamais le moment de se faire une hélice !

C'est pourquoi, nous avons jugé plus prudent de sortir le bateau à la main en le poussant. C’est une manœuvre facile sans vagues et sans vent, car à l'aide des parois en bois qui forme l’avancée du ponton d’embarquement et qui entourent le lieu d'amarrage de notre bateau, il suffit de se faire glisser pour sortir, comme dans une gondole mais sans le gars qui demande 50 euros pour chanter derrière... quoi !

Arrivés à quelques mètres du local, glissants sur une marre d’huile, le fond prenant délibérément la fuite dans la noirceur, je puis enfin démarrer le moteur et nous nous sommes dirigés à l’Ouest en direction de Coppet.

Puis, pratiquement à mi-lac, sur la demande de Pecs, je stoppais le moteur.

Nous nous sommes arrêtés lentement, glissant sur l’eau presque noire.

Pour ma part, j'aurais bien encore poussé une bonne centaine de mètres de notre position. Mais par prudence, Pecs voulait que l'on s'arrête avant de croiser la ligne de descente des avions de ligne qui amorçaient leurs atterrissages sur l'aéroport de Cointrin. C'est fou comme on devient prudent et malin en étant Président. Il faut dire qu'avec Stéphane on ne sait jamais vraiment à l’avance... mieux vaut être très prudent !

La nuit était presque complètement installée, il subsistait une vague lueur, reste de luminosité résiduelle de cette journée qui s'achevait.

L’exercice allait pouvoir commencer.

Stéphane s’avance avec l’engin dans les mains, nous toise avec un regard interrogateur et passe par le tribord pour rejoindre la proue. Il ne fait pas de gestes ostentatoires et il tient bien en main son engin, toutefois je me demande bien à quoi il pense, là, à ce moment précis.

Avec une prudence de Sioux, Pecs et Maria restèrent derrière le grand plexiglas qui formait notre pare-brise, pendant que Ricco se tenant à l'avant tel un roc, dévissait le bouchon du tube détenant la goupille.

Pour ma part, je posais mon appareil photographique sur le bord supérieur de notre pare-brise dans l'intention de prendre une belle photo du départ de la fusée et d’immortaliser l’instant crucial, tout en restant modérément exposé à un retour de flamme intempestif, voir plus grave, caché du mieux possible derrière le pare-brise, fragile bouclier de plexiglas.

Je vous rappel qu’à cet instant de l’histoire, mon frère n’est pas monté à bord, c’est peut-être un signe.

Je dis encore à Stéphane de ne pas tirer tout de suite son missile, pour me laisser du temps de préparer mes réglages photographique. Dès que ce fut fait, je le préviens que j'allais compter jusqu'à trois avant qu’il tire sa fusée.

«Ok !» Me lance-t-il, les jambes largement écartées à fin d'avoir un meilleur appui, les bras en l'air tenant la fusée, un doigt traversant le cercle de la goupille.

« Bon Ricco, je commence à compter. 1…2 », je finis à peine d'articuler le chiffre 2 qu'il avait déjà tiré sur le cordon laissant « un bang » assez puissant pour nous faire perdre ,3% de notre capacité auditive. La détonation du départ surprend, elle est assez forte quand même !

Évidemment, le flash de mon appareil photo se déclencha trop tard pour un bon cliché du départ de la fusée; déjà là, mon objectif n’était pas atteint. J'avais trop présupposé de ses connaissances au Ricco, je pensais qu'il savait au moins compter jusqu'à trois !

Mais bref, à la proue, vous avez une grosse boule de fumée blanche qui se développe encore par de grosses volutes grises et blances, à l’endroit même ou devrait encore être situé Stéphane, si tout c’était bien passé, et au N-O, une petite trainée de fumée grise sous la voute céleste qui montait très rapidement au ciel.

La vitesse de l’engin est surprenante. C'était très difficile de suivre la fusée des yeux et de percevoir la tête ou bien son réacteur rouge à poudre brûlante.

Au bout de quelques longues secondes, alors que nous avions perdu l’engin de vue, un petit « bang » loin au-dessus de nos têtes qui fit porter tous nos regards.

Là, stupéfaction ! Silence à bord !

Une toute petite lueur rouge, comme une luciole chinoise, un mini lampion rouge pour gamin, descendait comme une plume tout doucement vers le lac, porté par un très léger relent de Bise froide.

Au début, personne ne disait rien. Maria, les yeux rivés au ciel comme nous tous, paraissait bien étonnée du peu de résultats de la fusée mais elle n’osait rien dire. Parce qu’elle n'avait jamais vu une fusée d'alarme partir avant cela.

Quand à nous, Pecs et moi, on se regardait avec les yeux plissés et un petit sourire entendu qui frisait la retenue héroïque de deux énormes éclats de rire qui cherchaient qu’à fuser eux par contre. La cause était entendue, la sentence définitive... La fusée au Ricco, c'était vraiment de la daube en barre !

Le pauvre Stéphane quant à lui se confondait en excuses – devenant un instant presque japonais - en déplorant objectivement que sa fusée était faite pour tout, sauf pour le sauvetage. Heureusement qu'il n'est pas souple, car il se serait coincé les omoplates entre les deux rotules. Évidemment, cela allait être encore une de ses histoires qui allait fortement être déformée à la grande joie de ceux qui allaient l’écouter.

Il n’en menait pas large le Ricco.

C'est d'ailleurs lui qui m'a dit, dépité, qu'il fallait maintenant rentrer. Je rallumai le moteur pour me diriger en direction du local de sauvetage. Devinant dans la pénombre nos sourires figés respectifs, Ricco levant les bras au ciel, admettait encore une fois dans un long monologue que cette fusée était pas excellente et qu'il allait faire part de ses résultats à ceux qui lui avaient vendus et vanté ce matériel.

Pour ma part, je me retournai vers Stéphane et lui dit en souriant : « Si tu as encore une expérience comme cela à faire le dimanche soir, n'hésite pas à m'appeler !».

Un énorme éclat de rire a fusé sur le bateau. D'ailleurs, notre rire a dû bien s'entendre car de retour au local, mon frère nous demanda pourquoi on riait ainsi. C'est Maria, qui lui répéta ce que j'avais dit et lui aussi de partir dans un grand éclat de rire bien bruyant relayé en écho par les murs du sauvetage.

Après avoir rangé le bateau et le matériel, nous nous séparâmes en rigolant sur l'exploit de la fusée à Ricco.

Puis comme il ne faut pas décourager les « jeunes qui se lance » nous lui avons chacun notre tour fait une petite tape amicale dans le dos pour qu’il ne perde pas espoir.

C’est comme ça le sauvetage… Very Happy


Dernière édition par Claude Vagnetti le Dim 10 Mar 2013, 14:31, édité 2 fois
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Re: LA FUSEE DE RICCO

Message par Michel Vagnetti le Jeu 07 Mar 2013, 16:22

Très bon, tu aurais pu écrire aussi que nous avions avisés les centrales police pompier et aéroport puis la polnav,
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Re: LA FUSEE DE RICCO

Message par Michel Vagnetti le Sam 09 Mar 2013, 10:38

Salut Claude, il faut que tu m'aide, je voulais rapporter ton histoire du mois d'avril, il y a peu être 15 ans, lors de ta sortie avec la Romande un dimanche jour de bise et que tu avais perdu le moteur. Je pense que cela peu et j en suis sûr va faire rire beaucoup de monde. Basketball Ton frère qui t'aime.
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Re: LA FUSEE DE RICCO

Message par Claude Vagnetti le Dim 10 Mar 2013, 14:32

Michel Vagnetti a écrit:Très bon, tu aurais pu écrire aussi que nous avions avisés les centrales police pompier et aéroport puis la polnav,

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